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Le Karate

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Les Grands Maîtres du Shôtôkan... 

Gishin FUNAKOSHI

(1869-1957)

1869 -1957 . Il amena au début des années 1920 le karaté d'Okinawa au Japon, et fut de ce fait à l'origine d'une étape décisive qui donna à "l'art de la main vide" l'impulsion pour une diaspora mondiale aux ramifications infinies.

Quel que soit le style de karaté qu'il pratique aujourd'hui, aucun karateka ne peut nier le rôle fondamental de cet okinawaïen qui, le premier, avant l'arrivée d'autres experts brûlants d'envie de suivre son exemple, subjugua les milieux sportifs nippons.

C'est pourquoi on lui donne le nom de "Père du karaté moderne", parce que son Shotokan fut le creuset où se forgèrent quantité d'experts qui acquirent une renommée mondiale. Pour beaucoup de ses contemporains, ce petit homme d'à peine 65 kg pour 1,67 m, dôté d'une force peu commune encore à l'âge de 53 ans (lorsqu'il fit sa démonstration à Tokyo en 1922), d'un mental fort et d'une grande droiture, ce qui n'enlevait rien à sa gentillesse et à la distinction de son maintien, était un individu hors du commun. Mais nombre d'experts de karaté d'Okinawa, pour de multiples raisons, parmi lesquelles tout simplement la jalousie de l'avoir vu réussir aussi bien dans son entreprise, lui en voulurent d'avoir dévoilé les secrets de l'art insulaire à des Japonais (tout de même considérés jusqu'en 1871 comme des étrangers et des envahisseurs sur l'île d'Okinawa). Ce qui explique aujourd'hui la grande discétion au sujet de Funakoshi dans les dojo d'Okinawa et les tableaux généalogiques référant à la transmission des différents styles. Sa vie est connue à travers une autobiographie écrite en 1956 sous forme d'articles parus dans le "Sangyo Keiza Shimbun" (Journal du commerce et de l'industrie).

Funakoshi Gishin naquit en 1869 à Shuri, Okinawa dans le district de Yamakawa-Cho, fils unique d'une famille modeste. Il falsifia lui-même cette date par la suite, pour en faire 1870, afin d'avoir l'âge requis pour pouvoir se présenter à l'examen de Medecine de Tokyo, examen qu'il réussit. Il n'y entra cependant pas, une nouvelle loi interdisant aux hommmes le port de cheveux noués en chignon sur la tête (le Chon-mage : disposition considérée de tout temps à Okinawa comme symbole de virilité et de maturité). Or la famille du jeune Funakoshi refusa de reconnaître ce nouvel édit et il ne put entrer à l'Ecole de Medecine…

L'anecdote illustre bien cet esprit traditionaliste de le famille, que le fils perpétua à sa façon. Petite cause, grands effets, parti pour Tokyo, il n'aurait pas connu l'Okinawa-te et le karaté eut connu une fortune peut-être différente. Il découvrit ainsi, vers l'âge de 15 ans, ce qui allait devenir la passion de sa vie ; en effet, son maître d'école était le fils de Azato Yasutune, l'un des plus grands experts d'alors, issu d'une famille respectée sur tout Okinawa. Le jeune Gishin découvrit ainsi le karaté à une époque où son enseignement était encore interdit et où l'on pratiquait en secret, la nuit, sans faire étalage de ce que l'on  avait appris, époque où l'on répétait mois après mois le même kata, au point d'en ressentir exaspération et humiliation, mais avec l'interdiction formelle d'entamer l'étude d'un nouveau kata sans l'autorisation expresse du maître. Pourtant dans cette ambiance de conspirateur qui allait forger son corps naturellement chétif, et sa volonté. Funakoshi se sent vite à l'aise ; et les années se succédèrent, avec les entraînements nocturnes dans la maison de maître Azato. Invariablement, le jeune Funakoshi parcourut le même chemin, tendant devant lui sa petite lanterne par les nuits sans lunes. Mais il fallut aussi préparer l'avenir : en 1888 il réussit l'examen de maître auxiliaire d'école primaire ; c'est alors seulement , afin d'avoir accès à la fonction à laquelle il avait droit, qu'il accepta de se couper les cheveux, au grand désespoir de ses parents. Et l'entraînement au karaté continua parallèlement.

Funakoshi Gishin parlait avec émotion du temps de sa jeunesse, et de Azato Senseï dont il fut longtemps le seul disciple. L'entraînement était sévère et le maître avare de commentaires, encore plus de louanges, pour les progrès accomplis . C'était encore le temps où personne ne voyait l'intérêt de transmettre par écrit, le temps où, d'ailleurs, l'Okinawa-te étant officiellement interdit, personne ne pouvait entrevoir une carrière d'instructeur professionnel, le temps où chaque histoire racontée prenait très vite des dimensions de légendes. Cependant insiste Funakoshi dans ses souvenirs, il ne vit jamais, au cours de sa longue vie de performances allant au-delà des possibilités humaines, et il souligne bien le fait que tout homme a ses limites. Ce fut également à cette époque qu'il fut présenté à Itosu Yasutsune, un excellent ami d'enfance d'Azato, et qu'il profita de ce nouvel enseignement, tirant surtout le plus grand profit à écouter les deux hommes s'entretenir des aspects mentaux profonds du karaté. Puis Funakoshi eut des promotions dans son métier et il fut déplacé dans une école de Naha en 1891. Vers la fin du siècle, mais tout en restant fidèle, mais tout en restant fidèle à ses deux premiers maîtres, il élargit son éventail technique en travaillant avec les maîtres Kiyuna, Higaonna, Aragaki et Matsumura.

Lorsque Funakoshi Gishin eut 30 ans, la karaté, sans encore avoir pignon sur rue, n'était plus totalement inconnu à Okinawa. La première démonstration publique eut lieu en 1906 après que le karaté fut depuis quelques années déjà officiellement enseigné comme méthode sportive dans les écoles suite à l'action de maître Itosu. A plusieurs reprises  aussi, de nombreux Japonais (au sens de non-Okinawaïen, donc considérés comme étrangers par les insulaires) purent avoir quelque aperçu de cette technique restée jusque là cachée. Ce fut suite au rapport très favorable qu'adressa au ministère de l'éducation Shintaro Ogawa, Commissaire du gouvernement pour la préfecture de Kagoshima (dont faisait partie Okinawa), ayant assisté à une démonstration de karaté au cours de son inspection des écoles d'Okinawa, que l'entraînement fut officiellement autorisé dans les écoles. On trouve Funakoshi dans un groupe d'experts de l'Okinawa-te (dont Motobu, Kyan, Mabuni et Gusukuma) qui, en 1913, firent une série de démonstration à travers l'île. Puis, en 1916, donnant une première démonstration au Japon , à Kyoto. La brèche, lentement s'ouvrait. Le 6 mars 1921, le prince héritier Hiro-Hito lui même en route pour l'Europe, fit escale à Okinawa et fut très impressionné par la démonstration de karaté qu'on y fit devant lui. On peut affirmer qu'à partir de cette époque là, époque de renaissance de l'impérialisme au Japon et du développement militariste des ce pays, les dirigeants nippons virent dans le Karaté-Jutsu un excellent moyen, parmi d'autres bien entendu, de fortifier cette élite. Ce fut l'année suivante que Funakoshi revint une seconde fois au Japon, cette fois pour ne plus en revenir, prisonnier de son succès.

1922 fut donc le tournant décisif. En mai, Funakoshi Gishin, alors président de la « Okinawa Shobu Kaï », association pour la promotion des arts martiaux, vint à Tokyo pour se tailler un succès inatendu et historique. En novembre de la même année, il signa son premier livre "Ryukyu Kempo Karate", première publication sur le sujet, où il expliquait l'esprit de son art. Les plaques d'impression de son livre furent détruites par le tremblement de terre de 1923 et cela donna lieu à une nouvelle édition révisée : "Rentan Goshin Karate Jutsu" (c'est en 1935 que parut son second ouvrage, cette fois véritable manuel technique, le "Karate Do Kyohan").

A partir de la démonstration de Tokyo la popularité de l'art venu du sud ira croissante, submergeant assez rapidement le pionnier lui-même. Il faut insister une fois encore sur les raisons du choix de Funakoshi par ses pairs : on avait voulu que le premier maître représentant officiellement le karaté d'Okinawa fut ambassadeur autant que technicien ; or si les techniciens ne manquaient pas, il n'en était pas de même au niveau de la valeur humaine des experts en lice. Il fallait un karatéka distingué.  Or Funakoshi était également passé maître dans l'art de la poésie et de la calligraphie (Shodo), et était dans la vie professeur enseignant à lire et à écrire la langue japonaise, par ailleurs parfaitement au courant des coutumes de son pays comme des bonnes manières en usage en société. Maître Nagamine Soshin prétendait que Motobu Choki l'avait tout de même accompagné à Tokyo lors de cette démonstration historique (ce qui est certain, c'est que ce dernier enseigna également au Japon, à Osaka, dès 1923).

La rencontre de Funakoshi Gishin et de Kano Jiguro fondateur du Judo a été décisive. Ce dernier invita le maître à faire une démonstration privée au Kodokan (la plus grande école de Judo, à Tokyo). Funakoshi démontra le kata Kanku Daï (alors appelé Koshokun), tandis que son ami et élève Gima Makoto démontrait Naihanchi Shodan. En 1924, en retour en quelque sorte, Kano Jiguro, accompagné de Nagaoka, vint faire une démonstration de Judo à Okinawa. Les deux maîtres de karaté et de judo, continuèrent à se porter une estime reciproque, et l'on rapporte que, jusqu'à la fin de sa vie, alors que Kano était mort en 1938, Funakoshi tenait à s'incliner chaque jour en direction du Kodokan, à la mémoire du disparu. Par la suite, Funakoshi fit de nombreuses démonstrations avec Gima, qui devint son disciple favori. Les débuts furent pourtant difficiles sur le plan matériel. Il dut se contenter, la première année du dortoir des étudiants, à Suidobashi à Tokyo, où il vivait dans une pièce minuscule à côté de l'entrée. Le jour il s'occupait de la tenue du dortoir, le soir il y enseignait à ses premiers élèves. Son premier disciple nippon fut Tanaka Kuniki. A côté de cet enseignement, donné à titre gracieux, il gagnait difficilement sa vie grâce à ses connaissances de la calligraphie. Quelques temps après, il put s'établir à Meishojuku, un petit gymnase. En septembre 1924, il fonde le premier club universitaire, à Keio, puis en 1926, le deuxième club à Ichiko, université de Tokyo. En 1927, trois écoles supplémentaires s'ajoutent aux premiers points d'impact : université de Waseda, université de Takushoku et Sho Daï. Puis Hitotsubashi, puis d'autres encore ; car ce fut soudain l'explosion : en 1930, rien qu'à Tokyo, s'était ouvert une dizaine de Dojo.

En ce temps-là l'enseignement était entièrement basé sur les katas et leurs bunkaïs. Mais déjà, dans l'entourage de Funakoshi, de jeunes loups étaient en train d'infléchir la "voie de la main vide" dans une direction plus moderne, et plus sportive, sans que le maître s'en rendît encore bien compte. Son type d'enseignement à l'ancienne ne suffisait plus ; on commençait à se lasser de la répétition fastidieuse de technique que l'on éprouvait jamais en combat. Ainsi, en 1927, trois élèves, nommés Miki, Bo et Hirayama, se mirent à étudier par eux-mêmes l'assaut libre (Ju-kumité) : lorsque Funakoshi apprit cette initiative, et comme il était farouchement opposé à cette forme de karaté, il décide simplement de ne plus enseigner dans ce dojo. Mais le processus d'érosion d'une tradition jusque là sauvegardée était en marche. L'un de ses élèves préférés, Otsuka Hironori, qui l'accompagnait pourtant fidèlement à l'occasion de le majeure partie de ses conférences et qui, à 29 ans était passé lui-même maître dans l'art du Ju Jutsu, décida de développer d'avantage les entraînements basés sur le combat (kumite). En 1930, l'université de Tokyo fut la première à avoir mis au point des protections pris à l'armure du Kendo (escrime au sabre), afin de rendre possible l'assaut libre, non contrôlé. Ces années là furent décisives. Funkaoshi Gishin habitait alors Koishikawa avec son plus jeune fils Yoshitaka. Il enseignait également dans un dojo de Kendo, plus grand que tout ce qu'il avait connu jusque là, le Yushinkan, dirigé par Nakayama Hakudo. C'est de ce temps là que date la mutation, si habile de la part du maître et si décisive de "l'art de la main chinoise" en "art de la main vide". Mais le mouvement qu'il avait lancé était en train de lui échapper : son karaté était entré en pleine crise de croissance.La popularité de cet art martial nouveau pour les japonaisétait alors pourtant devenue telle, et à la demande en instructeurs si forte, que de nombreux experts alléchés par la demande affluaient d'Okinawa et, avec eux, apparaissait l'inévitable rivalité des personnes et de leurs styles. Parmi les plus importants furent, en 1928, Minueiomi Sawayama (Kempo) et surtout en 1929, Miyagi Chojun (Goju-Ryu) et Mabuni Kenwa (Shito-Ryu), qui allaient leurs propres chemins. Puis après huit années d'études avec Funakoshi, Otsuka Hironori se sépara du maître pour, avec son consentement dit-on, créer son propre style, le Wado-Ryu, forme de karaté d'avantage lié à ce que son fondateur connaissait déjà du Ju-Jutsu nippon. En réalité Otsuka s'était lassé des graves différences qui l'opposait au fils du maître. Au début des années 1930, Yoshitaka, le seul de ses fils qui allait suivre ses traces en karaté, remplaça son père comme instructeur à l'université de Waseda. Avec la première génération de Senpaï japonais, ainsi Egami Shigeru, Hironishi Gishin, Noguchi Hiroshi et Shimoda Takeshi, Yoshitaka commençait alors à faire évoluer le style Shuri-te apporté par son père en ce qui allait devenir  le Shotokan-Ryu. 

Le tigre : symbole du Shotokan... 

En 1935, Funakoshi Gishin put réaliser son rêve : la construction d'un nouvel et important dojo pour grouper des étudiants de plus en plus nombreux. Un comité se chargea de collecter, à l'echelon national, les fonds nécessaires et le "Shotokan" fut achever en été 1936 dans le quartier de Meijuro, à Tokyo. Le nom que le comité avait décidé de donner à ce dojo provenait du pseudonyme sous lequel Funakoshi avait autrefois signé les poèmes chinois qu'il lui arrivait de composer : "Shoto", ce qui peut se traduire par "ondulation des pins" (sous le vent), et "Kan" désignat l'édiffice. Mais très rapidement le vieux maître ne fit plus que superviser, laissant l'enseignement  effectif à Yoshitaka. Le Hombu-dojo du Shotokan-Ryu fut alors, pendant des années, une pépinière de futurs experts et bien des karatéka débutants, qui se sont depuis hissés au plus haut niveau, ont alors foulé ses planches.

La seconde Guerre Mondiale éparpilla les meilleurs pratiquants dans les unités combattantes. Les effectfs diminuèrent. L'année 1945 fut terrible : non seulement les anciensétaient décimés mais le Shotokan fut détruit par un raid aérien ; surtout Yoshitaka mourut de la tuberculose. Sous la pression des troupes du Général américain Mac Arthur de nombreux civils Okinawaïen furent évacués vers le Japon, et parmi eux, l'épouse de maître Funakoshi, qui avait toujours refusé de quitter l'île, pour pouvoir continuer à honorer les tombes et l'autel des ancêtres. Le vieux couple se retrouva à Oita, sur Kyushu, mais ne se reforma pas pour deux ans : à l'automne 1947 la femme de Funakoshi mourut. Le vieux maître, qui  ne l'avait retrouvée après tant d'années que pour la voir mourir, en fut très affecté. Il ramena ses cendres à Tokyo, où il vécut désormais retiré, en compagnie de son fils aîné. Ce ne fut qu'en 1948 que fut levé l'interdit jeté par les forces américaines d'occupation sur la pratique des arts martiaux. Funakoshi Gishin, malgré son grand âge, recommença à enseigner à Keio et à Waseda. Mais son temps était passé. Pourtant, dès 1949, la résurrection du karaté intervint sous l'impulsion des derniers Sempaï de Funakoshi, qui créèrent la Japan Karaté Association (J.K.A.) dont le maître est nommé instructeur d'honneur et Obata Isao, Chairman. En réalité, le vieux maître d'Okinawa se refusa à suivre l'impulsion donnée par Nakayama Masatoshi, revenu de Chine en 1946 avec le reflux des troupes japonaises d'occupation, et Nishiyama Hidetaka, dans la direction d'un karaté praticable en compétition sportive, une évolution que ni lui ni Egami ne cautionnèrent jamais.

Le nouveau Shotokan fut établi dans le quartier de Yotsyua, à Suidobashi, dans les locaux du vieux Kodokan. En réalité les liens furent plus que lâches entre le maître et le nouveau dojo : il n'était plus qu'une image de marque, un symbole, un vieil homme respecté, mais écarté sur le plan technique, et il le savait. Dès lors sont rôle se borna à quelques visites. La J.K .A. introduit le Ju-Kumité dans l'entraînement classique dès 1951 et finit par devenir une organisation de plus en plus commerciale, ambitionnat un rayonnement mondial grâce à ses experts dont il faut bien direqu'ils se révelèrent réellement dynamiques et techniquement forts séduisants. L'unité de la J.K .A. se brisa dejà du vivant de Funakoshi puisqu'en 1954 Obata lui-même partit pour suivre sa propre voie, puis d'autres après lui, dont Egami. L'année suivante, Nakayama prit lui-même la direction de la J.K .A. et dès 1958 se déroula le premier Shiaï officiel, remporté par Kanazawa Hirokazu. Mais Funakoshi Gishin n'eut pas le temps de voir cela : il était mort le 26 avril 1957, âgé de 88 ans . On rapporte que, les derniers jours, sur ce qui allait devenir son lit de mort, il fit encore quelques mouvements des bras, disant qu'il commençait à "sentir le tsuki". Ses élèves, un instant à nouveau rassemblés autour de sa mémoire, lui consacrèrent une stèle dans le temple Zen Enkakuji à Kamakura. Mais ses cendres furent ramenés à Okinawa

Yoshitaka FUNAKOSHI

(1909-1945)

FUNAKOSHI Gishin eut trois fils. Le plus jeune s'appelait Yoshitaka. Beaucoup de filiations du Shotokan le donnent comme étant le seul à avoir pratiqué le karaté, Giko était alors son surnom. D'autres sources prétendent que Giko était en fait le fils aîné de FUNAKOSHI Gishin, formé à Okinawa par son père. Yoshitaka s'était installé au Japon avec son père, alors que sa mère et ses deux frères sont toujours réstés à Okinawa. Actuellement dans nombre de dojo, on trouve la photo de FUNAKOSHI Gishin. Des centaines de milliers de karatéka à travers le monde se réclament  du style "shotokan" mais ils ignorent le plus souvent la façon dont pratiquait réellement FUNAKOSHI père. Ils pratiquent en fait la technique de son fils, Yoshitaka. Mais ce que l'on oublie, c'est que Yoshitaka était atteint de tuberculose, ce qui à l'époque signifiait être condamné à plus ou moins brêve échéance. Le sachant, il s'est entraîné comme un fou afin d'atteindre le plus haut niveau possible avant sa mort. Et effectivement, il réussi à atteindre un très haut niveau, mais en poussant l'entraînement à l'extrême : positions très basses, entraînements jusqu'à l'épuisement... Son père, lui, visait le long terme : il est mort à 87 ans. Yoshitaka, lui est mort jeune (environ 35 ans). On peut s'interroger sur ce qu'aurait été son état de santé vers soixante ans, vu la manière dont il s'entraînait !?!  Or de nos jours, des milliers de personnes s'entraînent comme si elles ne devaient jamais dépasser l'âge 35 ans ! De plus, Yoshitaka était chef instructeur  du Shôtôkan à l'époque de la seconde Guerre Mondiale. Ce contexte ne favorisait guère les recherches spirituelles. Un certain nombre de dojo de karaté servaient à l'entraînement des kamikaze... Murakami et Kase ont d'ailleurs commencé à pratiquer le karaté dans ce contexte difficile de 1944-1945...

Masatoshi NAKAYAMA

(1913-1987)

NAKAYAMA Masatoshi est né le 6 avril 1913 à Tokyo. Son père, medecin militaire, appartenait à une lignée de samouraïs, le jeune Masatoshi fut très tôt initié au kendo. A l'âge de 10 ans il s'initie au judo qui connaît alors un développement important, tout en continuant l'art du sabre. Sa rencontre avec l'enseignement de FUNAKOSHI Gishin aura lieu par hasard à l'Université de Takushoku, où il rentre en 1932 pour y étudier le chinois. Nakayama est aussitôt séduit par ce qu'il voit et décide de pratiquer. Rappelons à ce propos le contexte de l'époque. Cela fait maintenant une dizaine d'années que FUNAKOSHI Senseï a patiemment implanté son enseignement de l'Okinawa-Te au Japon et notamment dans les universités de Tokyo. Mais cette pratique est encore très restreinte et confidentielle en 1932, d'autant plus que la guerre sino-japonaise a éclatée et fait rage en Manchourie. Nous sommes exactement à l'époque où FUNAKOSHI Senseï change le vieux terme Tode (la technique du continent chinois) en karaté (la main vide) et modifie les vieux noms de katas de l'Okinawaïen au japonais (kushanku = kanku, chinto = gankaku...). Toute référence à la culture chinoise devenantrépréhensible sous la poussée du nationalisme et du racisme sévissant à l'époque. Nakayama pratique assidûment avec FUNAKOSHI Gishin et ce jusqu'à la fin de ces étude de chinois en 1937, où il sera envoyé en Chine comme interprète. Il ne rentrera au Japon qu'en 1946. Durant cette sombre période, Nakayama, tout en continuant à perfectionner son karaté, découvre différents styles chinois auxquels il a l'occasion de s'initier. Une partie des apports et des changements apportés aux katas shotokan par la suitea été influencée par cette période.

1946, dans un Japon ruiné et traumatisé FUNAKOSHI Gishin a perdu son fils Yoshitaka, miné par la tuberculose, et son dojo (le Shôtô-Kan), détruit par les bombardements américains. Progressivement les anciens élèves de FUNAKOSHI ayant survécu au conflit reprennet contact avec lui et l'aide à redémarrer. Obata, rentré lui aussi de Manchourie en 1945. rouvre en 1948 le dojo de Keio, puis de Waseda, etc. C'est en 1949 que les premiers élèves de FUNAKOSHI décident de créer "L'école du karaté Shotokan" et fondent une association à Yatsuya. Vu son âge avancé, FUNAKOSHI Gishin ne prend que le poste d'Instructeur honoraire, Obata est nommé directeur et Saigo président. Nakayama Masatoshi, alors âgé de 36 ans, reconnu pour avoir de bonnes capacité d'organisation, se voit confier l'élaboration des programmes techniques et l'organisation de l'asociation Shôtôkan.

Suite à d'importantes rivalités de personnes et à des querelles de fond concernant l'orientation à donner, peu à peu, nombre d'anciens partent ou démissionnent : Egami et Kamata en 1953, Obata en 1954, laissant progressivement le champ libre à Nakayama et Nishiyama Senseï qui changent en 1954 le nom pour "Nippon Karaté Kyôkaï", Association Japonaise de Karaté (JKA). ils officialisent leur échelle de grades (alors en 5 dan seulement) et les conditions d'obtentions. Sans rentrer dans une vraie polémique, il convient de souligner que toutes les scissions et querelles qui ont jalonné (et encore de nos jours !) le développement du Shôtôkan, ce, dès avant guerre, ont toujours tourné autour de l'assaut libre et de l'extension plus tard de la compétition sportive arbitrée. Nakayama Senseï, dans les années 1935, trouvait le karaté trop exclusivement axé sur les katas et souhaitait le développement des assauts conventionnels et surtout  libres. Beaucoup de jeunes comme Nakayama, ayant commencé avant guerre, avaient été séduit par les innovations et méthodes d'entraînements plus "physiques" du fils du maître, Yoshitaka. Les anciens (Egami, Kamata, Obata, entre autres) désirent demeurer dans la lignée du père, Gishin. En 1951, d'ailleurs sous l'impulsion de Nakayama, le Jiu-kumité est introduit dans les passages de grades. Dès 1954, où il se retrouve seul à la tête de la JKA , Nakayama travaille à ses idées de développement du karaté, par le biais de la compétition (comme alors le judo et le kendo).  

Nakayama attendra le décès du maître FUNAKOSHI, le 26 avril 1957, pour organiser les premiers championnat du Japon, en octobre 1957, remportés par KANAZAWA Hirokazu au Gymnase Métropolitain de Tokyo. C'est un immense succès. A partir de là, Nakayama et la JKA témoigneront d'un prosyletisme important, formant et envoyant des instructeurs aux quatres coins du monde. En 1961, il porte à 8 le nombre de dan en vigueur à la JKA. Les autres écoles suivront en majorité. Pendant ces trois décennies et jusqu'à maintenant, la JKA monopolisera quasiement un certain développement et une certaine idée du karaté-do. Son hégémonisme succitera querelles, jalousies etscissions, nottament en 1972, après les championnats du monde à Paris, suite à quoi s'organise d'une part la WUKO , d'autre part l'IAKF. Tableau apparement sombre. Néanmoins, le mot karaté n'a été connu dans de nombreux pays que grâce au prosylétisme et à la compétence des instructeurs formés et envoyés par la JKA. C'est la JKA qui, la première, a réellement organisé une formation d'instructeur professionnels de haut niveau. Pour ne citer que l'Europe de l'Ouest, le développement considérable du karaté à l'heure actuelle ne serait peut-être pas aussi important, s'il n'y avait eu les Senseï Enoeda (Ecosse), Shiraï (Italie), Ochi (RFA), Sugimura (Suisse), Miyazaki (Belgique), et bien sûr Kase (France) et Kanazawa qui a créé son propre groupe en 1977, le SKI (Shotokan Karaté International), mais a oeuvré sans compter pour le développement du karaté-do au sein de la JKA pendant 10 ans. Actuellement, ce sont NISHIYAMA Hidetaka (USA), KASE Taiji (Europe) et SHOJI Hiroji (Japon) qui devraient prolonger l'action de Nakayama Senseï...

Hidetaka NISHIYAMA

(1928-     )

L'histoire du karaté de style Shôtôkan et la vie du Maître Nishiyama sont intimement liés. Nishiyama est né à Tokyo en 1928. C'est en 1943 qu'il découvre le karaté dans un dojo dirigé par Funakoshi Gishin. A cette époque FUNAKOSHI était âgé de 74 ans et Nishiyama de 15 ans ! Le vieux Maître supervise régulièrement les entraînements, intervient de temps en temps sur un détail technique et surtout, rassure les jeunes générations par sa présence constante et ses conseils avisés. C'est donc dans cette ambiance que Nishiyama débute son apprentissage . En 1945, Nishiyama rentre à l'université de Takushoku, déjà réputée pour son dojo de karaté. Quatre ans plus tard, à 21 ans, il devient capitaine de l'équipe de karaté de cette université ; Peu de temps après, il participe à la création de la All Japan Collegiate KaratAssociation. En 1951 il reçoit son diplôme d'économie. En 1949, fut créé la Japan Karate Association avec comme président d'honneur Funkoshi Gishin et comme président exécutif Obata Isao. Nakayama Masatoshi  et Nishiyama sont membres du bureau directeur. En 1955, l'organisation sera remaniée sous l'impulsion de ces deux hommes qui apparaissent ainsi comme les co-fondateurs de la « nouvelle » JKA. En 1960 il décide de s'installer en Californie, où il fonde, en 1961 la All America Karate Federation. La même année il organise le premier Championnat National Americain de style Shôtôkan. Nishiyama commence alors à apparaître comme le grand pionnier du style Shôtôkan à l'extérieur du Japon, où Nakayama continue de diriger de manière très efficace la JKA.

Lorsque l'on demande à Nishiyama pourquoi il insiste tant sur le côté traditionnel du karaté, il répond : "Ce qui m'intéresse, c'est le karaté tel que FUNAKOSHI l'à enseigné. Je veux conserver intactes les traditions de notre art, car il s'agit bien d'un art… A un karaté traditionnel, il faut une compétition traditionnelle".

 Nishiyama se présente donc bien aujourd'hui comme le défenseur acharné d'une tradition qu'il a lui-même contribué à créer, celle du karaté-Funakoshi, encore appelé karate-do du style Shôtôkan. Depuis la disparition de Nakayama, il apparaît comme le plus grand Maître vivant du Shôtôkan. Lorsqu'il s'est installé en Californie, Nishiyama a commencé à s'entourer de spécialistes, dans différents domaines, afin de rendre son karaté plus scientifique, plus structurant pour le corps, tout en s'efforçant d'en développer aussi la dimension combat. C'est sans dote la raison pour laquelle, en tant que grand traditionnaliste, il se déclare aussi nettement favorable à la compétition qui, selon lui, développe des qualités importantes. Nishiyama a aujourd'hui une mission. Celle de transmettre aux nouvelles générations la véritable technique mais aussi la véritable philosophie de l'art de la main vide. Ou, pour être plus précis, la technique et la philosophie d'un certain courant du karaté, celui de Maître FUNAKOSHI

Hirokazu KANAZAWA

(1931-     )

Kanazawa incarne, pour beaucoup de pratiquants et ce depuis longtemps, le Shotokan. L'homme est né au Japon dans la préfecture d'Iwate, en 1931. Son oncle et son père ont des experts de Jû-Jutsu, de l'école Shinkoku. Kanazawa découvre d'abord le Kendo, comme beaucoup d'enfants japonais de l'époque. Puis il se tourne vers le Judo et la Boxe Anglaise. Ses premiers contacts avec le Karaté se font par l'intermédiaire d'un camarade de classe qui lui enseigne les rudiments du Karaté d'Okinawa. Plus tard , Kanazawa étudiera à l'université de Nippon Dai où il découvrira un karaté fondé sur le combat rapproché. Plus tard encore, il entre à l'université de Takushobu, célèbre pour son dojo Shôtôkan. C'est là qu'il devient le disciple de Nakayama Masatoshi, corénovateur, avec Nishiyama Hidetaka, de la fameuse Japan Karaté Association. Quelque temps après son entrée à l'université Taku-shoku, Kanazawa est sollicité par Nakayama pour entrer dans les cours spéciaux de la J.K .A. Ces cours ont pour but de former l'élite japonaise au Shôtôkan : des instructeurs combattants rompus aux techniques de communication, à la pédagogie, aux langues étrangères et aux techniques commerciales. En 1957, quelques mois après la mort de FUNAKOSHI, Nakayama organise un championnat du Japon  dans les règles de la J.K .A. Kanazawa est inscrit sur la liste des participants. Mais quelques jours avant le tournoi, il se brise le poignet droit. Sur l'insistance de sa mère, il décide néanmoins de participer à la compétition. A la surprise générale, il remporte ce premier championnat historique. Après sa victoire en 1957, Kanazawa devient instructeur à plein temps de la J.K .A. Il poursuit sa formation sous la direction de Nakayama et envisage déjà de diffuser son art à l'étranger. A partir de 1959, on le retrouve dans les îles d'Hawaii et en Europe. Ses contacts avec le Japon restent très fréquents et il devient rapidement un des plus grands ambassadeurs du Shôtôkan à travers le monde. Partout où il se rend, il crée ou renforce les bases d'un Shôtôkan dur et pur, forme des instructeurs de qualité et contribue à la réputation internationale de la J.K .A. Au contact de ses nouveaux disciples, Kanazawa adapte sa manière d'enseigner afin de la rendre plus performante. Ses qualités naturelles de pédagogues trouvent en Occident un terrain d'expérimentation particulièrement fertile. Si à travers ses actions, Kanazawa imprime l'image du Shôtôkan J.K.A., il imprime aussi, malgré lui, l'image de sa propre personnalité. Certains commencent alors à parler de « style Kanazawa » . Avec le temps, la rupture paraissait inévitable. Près de vingt ans après ses débuts à l'étranger, en 1977, Kanazawa rompt officiellement  et fonde son propre mouvement qu'il nomme Shôtôkan Karaté International (S.K.I.). En quittant la J.K .A., Kanazawa peut donner libre cours à sa créativité et à son génie personnel. En tant que grand maître du Shôtôkan, il n'a pas hésiter à investir de nombreux domaines de l'art martial et à pratiquer d'autres styles. C'est ainsi qu'il est devenu le disciple de Yo Meiji (de son vrai nom Yang Ming Che), le fondateur du Taikyoku-Ken. Le Taikyoku-Ken  est une version japonaise du Taiji-Quan (T'ai-Chi-Ch'üan). C'est dire que Kanazawa a introduit dans la pratique « dure » ou « externe » du Shôtôkan, de son Shôtôkan , une nouvelle dimension, une dimension « interne », issues des styles chinois traditionnels. Une sorte de retour aux sources. A l'époque, cette démarche fut très contestée et nombreux étaient ceux qui doutaient fortement  de l'avenir du style Kanazawa. D'autant que le maître s'est aussi intéressé au style Gôjû-Ryû. Afin de concrétiser le résultats de ses recherches, Kanazawa est allé jusqu'à créer de nouveaux katas. Cette façon de faire, pour surprenante qu'elle puisse paraître à certains, s'inscrit pourtant dans la grande tradition des arts martiaux en général et du Karaté en particulier. Le pari tenté par Kanazawa était difficile mais pouvait-on s'attendre à autre chose de la part d'un caractère aussi bien trempé ? Le pari, le maître semble bien l'avoir gagné. Le style « Kanazawa » fait aujourd'hui école Le S.K.I. regroupe plus de soixante pays et les stages ne cessent de se multiplier à travers le monde. La technique et la philosophie du maître sont maintenant mondialement reconnues comme des modèles du genre. Des modèles qui prennent leurs sources dans un passé lointain et turbulent et qui s'adressent aux générations à venir. Interrogé sur les aspects fondamentaux de son art, le maître dit encore : « Il ne faut jamais négliger la dimension spirituelle. C'est elle qui vous permettra de pratiquer durant toute votre vie un Karaté équilibré et vraiment adapté à vos besoins. Lorsque l'esprit est juste, le reste vient tout naturellement.

Taiji KASE

(1929-     )

Après avoir étudié Judo et Aïkido, il entra au dojo du Shôtôkan de Tokyo en 1944 qui était alors dirigé par Funakoshi Yoshitaka, le fils du fondateur ainsi que par Egami Shigeru et Hironishi Genshin. Ce dernier finissant par devenir son principal instructeur. Il dirigea lui-même le cours des instructeurs de la JKA de Nakayama Masatoshi en 1964 et 1965. Il fut invité en France par Henry Plée en 1967 et y resta. De Paris, il dirigea de nombreux stages en France et dans toute l'Europe dans un Shôtôkan très classique, ce qui ne l'a pas empêché, lui même combatant remarquable, de former de nombreux champions pour la compétition sportive. Il quitta cependant la JKA en 1970 pour développer sa propre conception du karaté dans le cadre de la "World Amateur Shotokan Karate Association" (WASKA), qu'il dirige avec Shiraï Hiroshi...

Les 20 préceptes du karaté selon Gishin Funakoshi

1. Le karaté commence et se termine par un salut.

2. Il n'y a pas de première attaque en karaté.

3. Le karaté est pour servir la justice.

4. Connaissez vous vous-même puis connaissez les autres.

5. L'esprit d'abord, la technique en second.

6. Soyez prêt...

7. Les accidents proviennent de l'oisiveté.

8. Ne pas croire qu'on apprend le karaté seulement au dojo.

9. Apprendre le karaté prend toute une vie.

10. Le karaté est dans toutes choses.

11. Le karaté est comme l'eau chaude, si vous ne lui apportez pas de chaleur constamment, elle deviendra de l'eau froide.

12. Ne pas chercher à gagner mais à ne pas perdre.

13. La victoire dépend de votre capacité à trouver les points vulnérables et les invulnérables.

14. Bouger en fonction de votre adversaire.

15. Considérer les bras et les jambes de votre adversaire comme des épées tranchantes.

16.Dès que vous quitter la maison pour le travail, pensez que des millions d'adversaires vous attendent.

17. Positions basses pour les débutants et naturelles pour les initiés.

18. La pratique du kata est une chose, le combat réel en est une autre.

19. N'oubliez pas : de légères ou lourdes applications de puissance, expansion ou contraction du corps, lenteur et rapidité des techniques.

20. Tous ces conseils.

 

 

 

 

 

 

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